REEVALUATION HISTORIQUE DU FUTURISME

Le futurisme a cent ans. Bien que le mouvement ait fait l’objet d’une célébration événementielle, avec l’exposition au Centre Pompidou qui vient de se terminer et l’inflation des publications accompagnant généralement une telle promotion, aucune considération sur la portée historique du futurisme n’a été rigoureusement envisagée. Aussi, TI propose sa vision sélective de l’avant-garde futuriste, rapide et claire.

 

Le 20 février 1909, le poète italien Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944) publie à Paris, dans le Figaro, le célèbre Manifeste du Futurisme. C’est l’acte de naissance officiel d’un grand mouvement d’avant-garde italien et européen en réaction aux courants académiques du XIXe siècle. Dans son manifeste, Marinetti célèbre la beauté du mouvement et de la vitesse, fait l’apologie du monde moderne et industriel, décrète péremptoirement qu’une « automobile rugissante […] est plus belle que la victoire de Samothrace. » Les futuristes déclarent qu’« il faut brûler le Louvre ! »

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Contemporain du cubisme (1907) limité au seul domaine des arts plastiques, le futurisme se dote rapidement d’un rayon d’action plus étendu, son programme s’attaque à tous les champs de la culture. Mais les disciplines qui constituent l’unité de cette avant-garde se déploient souvent de manière inégale, des différentiels se créent entre les secteurs abordés. Par exemple, le futurisme peut se situer à l’avant-garde sur le plan artistique et montrer un scandaleux retard sur le plan politique. Songeons à l’enlisement d’une grande partie du groupe dans le patriotisme et le fascisme. D’ailleurs, cet engagement politique réactionnaire, ayant naturellement fait l’objet d’une condamnation morale, a sûrement nuit à la considération « objective » des qualités littéraires et artistiques du mouvement.

Aujourd’hui, cent ans après, il faut oser poser la question : que reste-t-il du futurisme dans l’histoire ? Pour y répondre, il ne suffit pas de penser le futurisme de manière globale, mais plutôt de l’envisager à partir des foyers majeurs qu’il a su allumer, discipline par discipline :

1. Dans le domaine de la poésie, Marinetti formule, dès 1913, ses Mots en liberté qu’il faut considérer, à la fois, comme un approfondissement du célèbre poème de Mallarmé, Un Coup de dés jamais n’abolira le hasard, et, également, comme un événement parallèle aux Calligrammes de Guillaume Apollinaire. Le Futurisme essaimera en Russie avec le Zaoum de Khlebnikov et la poésie de Maïakovski.

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2.  Dans le domaine de la peinture, les artistes futuristes, Balla, Boccioni, Carrà, quand ils cessent d’être marqués par le pointillisme de Seurat, subissent l’influence du cubisme encore en enfance. Le futurisme apparaît dès lors comme une peinture essentiellement cubiste dont l’intérêt principal réside moins dans l’invention formelle que dans l’introduction du mouvement et de la vitesse en art. Cependant les recherches sur la décomposition du mouvement participent à la destruction progressive de la peinture figurative initiée par les grandes tendances modernes : l’orphisme de Delaunay et Apollinaire ; le rayonnisme de Larionov et Gontcharova ; le cubo-futurisme de Malévitch le conduisant vers l’abstraction géométrique ; le cubisme et les thèses futuristes sur le dynamisme auront une influence décisive sur la peinture puis l’anti-peinture de Marcel Duchamp (voir l’article de Valérie Bouriel ci-dessous).

3.  Dans le domaine de la musique, le compositeur Luigi Russolo se distingue par une invention majeure : le bruitisme. Avec L’Art des bruits publié en 1913, il signe le premier manifeste pour une musique réduite à des sons-bruits produits par des machines de son invention, les intonarumori (voir l’article de Guillaume Robin ci-dessous).

Eric Monsinjon



La résonance particulière de Luigi Russolo

Hormis Marinetti, Luigi Russolo est très certainement avec Boccioni, l’artiste qui a le plus tenté de consolider les assises du premier groupe d’avant-garde du XXème siècle : le mouvement futuriste. Artiste plurivalent à la technique aiguisée et doté du sens inné de la nouveauté, il inscrira l’ensemble de ses recherches formelles dans la peinture avant de se risquer à renouveler le genre musical.

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En 1912, Francesco Balilla Pratella compose un opéra intitulé Le héros. Malgré l’acharnement de celui-ci, sa composition s’étiolera dans la tradition post-romantique wagnérienne ; enracinement qui, tout naturellement déplut fort à Marinetti. De fil en aiguille, Marinetti charge Luigi Russolo d’invoquer les dieux industriels en recréant une musique dont « l’expression des grandes agglomérations compliquera les forces ». Russolo se met au travail et rédigera ainsi l’un des manifestes les plus influents de l’esthétique musicale du siècle : L’art des bruits. Au-delà de la polyphonie absolue de Pratella, Russolo invente le bruitisme, capable à lui seul d’entériner toutes les recherches musicales avant et après lui (Russolo introduira en musique les prémisses intuitives des onomatopées propres au « motlibrisme » de Marinetti). Ce bruitisme deviendra le cri révolutionnaire du mouvement futuriste.

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À la suite de ce traité, Russolo concevra pour ces concerts bruitistes toute une flopée de machines sonores (aux noms aussi étranges que grondeurs, strideurs, croasseurs, éclateurs, etc.) Ces « intonarumori » littéralement « joueurs de bruit » permettront de combiner ces détonations aux innombrables vibrations et rythmes internes à celles-ci afin de répondre selon lui, à un véritable « besoin de notre sensibilité ».

Souvenons-nous que Léonard de Vinci s’était déjà attelé à la création d’un luth aux « harmonies divines » pour le Duc de Milan, le puissant Ludovic le More. Vinci, esprit universel, était disait-on, un musicien appliqué, ce qui l’aida à composer certains airs pour les grandes fêtes de ses contemporains qu’il organisait. Russolo suivra l’itinéraire de son ancêtre afin de retrouver l’essence même du génie italien, disparu depuis la Renaissance et nécessaire à cette patrie que l’on nommait à tort au début du XXème siècle la « Terre des Morts ».

Les nouveaux espaces sonores trouveront des échos, des résonances dans le travail de la plupart des grands compositeurs contemporains. John Cage, Pierre Schaeffer, Pierre Henry, Isidore Isou, Karlheinz Stockhausen prolongeront l’esthétique de Russolo accélérant le mythe inhérent de l’artiste créateur.

Guillaume Robin

 

 

 



Marcel Duchamp futuriste ?

L’oeuvre de Marcel Duchamp s’inscrit dès 1911, de manière singulière, dans le sillage de l’esthétique cubiste. Il semblerait que ce soit les peintures des futuristes – qu’il aurait découvert à l’occasion de l’exposition de ces derniers à Paris en 1912 – qui l’aient conduit à s’intéresser à la « représentation statique du mouvement ».

En 1912, il réalise Le Nu descendant un escalier, une oeuvre qui se présente comme la synthèse des influences cubistes, futuristes et des chronophotographies de Muybridge et Marey .
A l’occasion de l’exposition de l’Armory show à New York en 1913, présentant les nouvelles recherches européennes, son tableau suscite un vif scandale.

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Avec Roue de bicyclette, en 1913, Duchamp abandonne alors toute tentative de représentation du mouvement pour lui préférer la présentation du mouvement lui-même: « La Roue de bicyclette est mon premier ready-made, à tel point que ça ne s’appelait même pas un ready-made [...] J’aimais l’idée d’avoir une roue de bicyclette dans mon atelier. J’aimais la regarder comme j’aime regarder le mouvement d’un feu de cheminée. » Avec cette oeuvre, Duchamp introduit l’objet dans l’art, toutefois encore empreint des thèses futuristes sur le mouvement.

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Par la suite, il élèvera les objets industriels au rang d’œuvre d’art, par simple déclaration, (exposition de son Urinoir ou Fontaine en 1917 aux Indépendants de New York) et les nommera ready-made.

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Cependant, l’objet de Duchamp, ne trouvera sa charge négative d’anti-art qu’après la naissance du mouvement Dada en 1916.

Valérie Bouriel



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