La résonance particulière de Luigi Russolo

Hormis Marinetti, Luigi Russolo est très certainement avec Boccioni, l’artiste qui a le plus tenté de consolider les assises du premier groupe d’avant-garde du XXème siècle : le mouvement futuriste. Artiste plurivalent à la technique aiguisée et doté du sens inné de la nouveauté, il inscrira l’ensemble de ses recherches formelles dans la peinture avant de se risquer à renouveler le genre musical.

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En 1912, Francesco Balilla Pratella compose un opéra intitulé Le héros. Malgré l’acharnement de celui-ci, sa composition s’étiolera dans la tradition post-romantique wagnérienne ; enracinement qui, tout naturellement déplut fort à Marinetti. De fil en aiguille, Marinetti charge Luigi Russolo d’invoquer les dieux industriels en recréant une musique dont « l’expression des grandes agglomérations compliquera les forces ». Russolo se met au travail et rédigera ainsi l’un des manifestes les plus influents de l’esthétique musicale du siècle : L’art des bruits. Au-delà de la polyphonie absolue de Pratella, Russolo invente le bruitisme, capable à lui seul d’entériner toutes les recherches musicales avant et après lui (Russolo introduira en musique les prémisses intuitives des onomatopées propres au « motlibrisme » de Marinetti). Ce bruitisme deviendra le cri révolutionnaire du mouvement futuriste.

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À la suite de ce traité, Russolo concevra pour ces concerts bruitistes toute une flopée de machines sonores (aux noms aussi étranges que grondeurs, strideurs, croasseurs, éclateurs, etc.) Ces « intonarumori » littéralement « joueurs de bruit » permettront de combiner ces détonations aux innombrables vibrations et rythmes internes à celles-ci afin de répondre selon lui, à un véritable « besoin de notre sensibilité ».

Souvenons-nous que Léonard de Vinci s’était déjà attelé à la création d’un luth aux « harmonies divines » pour le Duc de Milan, le puissant Ludovic le More. Vinci, esprit universel, était disait-on, un musicien appliqué, ce qui l’aida à composer certains airs pour les grandes fêtes de ses contemporains qu’il organisait. Russolo suivra l’itinéraire de son ancêtre afin de retrouver l’essence même du génie italien, disparu depuis la Renaissance et nécessaire à cette patrie que l’on nommait à tort au début du XXème siècle la « Terre des Morts ».

Les nouveaux espaces sonores trouveront des échos, des résonances dans le travail de la plupart des grands compositeurs contemporains. John Cage, Pierre Schaeffer, Pierre Henry, Isidore Isou, Karlheinz Stockhausen prolongeront l’esthétique de Russolo accélérant le mythe inhérent de l’artiste créateur.

Guillaume Robin

 

 

 



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